OEA - Informe CP INF. 10547 25 de 2025

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Detalles

Título
OEA - Informe CP INF. 10547 25 de 2025
Autor
Organización de Estados Americanos
Categoría
Doctrina
Área del derecho
Internacional Público
Año
2025

[image]OEA/Ser.G

CP/INF. 10547/25

24 avril 2025

Original : Textual

ALLOCUTION DE L’AMBASSADRICE MYRTHA DÉSULMÉ, REPRÉSENTANTE PERMANENTE D’HAÏTI, À L’OCCASION DE LA COMMÉMORATION DU DEUX-CENTIÈME ANNIVERSAIRE DE L’ORDONNANCE DE CHARLES X SUR L’INDEMNITÉ D’HAÏTI

(Prononcée lors de la session ordinaire du Conseil permanent, tenue le 23 avril 2025)

Monsieur le président,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Secrétaire général adjoint,

Mesdames/Messieurs les ambassadeurs,

Les représentants suppléants,

Chers invités,

Mesdames/Messieurs,

La délégation haïtienne remercie la présidence du Conseil permanent de l’OEA d’avoir inclus à l’ordre du jour de cette session ordinaire ce point : le « Bicentenaire de l'Ordonnance de Charles X sur l'indemnité d'Haïti (17 avril 1825-17 avril 2025 ». Ma délégation a pris bonne note des différentes présentations faites par nos chers panélistes. Au nom du gouvernement haïtien, je veux les remercier de leur participation à cette séance et les féliciter pour la qualité de leurs interventions sur ce sujet important pour mon pays et les descendants des peuples qui ont été mis en esclavage.

La dévastation apocalyptique qui sévit actuellement en Haïti n'est pas le fruit du hasard. C'est le dénouement inévitable de 221 années d'hostilité active de la part de la communauté des nations les plus puissantes du monde envers Haïti, qui s’est manifesté en ostracisme, isolement, quarantaines diplomatiques, blocus de canonnières, extorsion de réparations, embargos économiques, barrières commerciales, invasions militaires, subversions armées subventionnées, et salves médiatique de calomnies publiques. Ces mesures ont produit le résultat escompté: empêcher Haïti d'atteindre la stabilité et la prospérité auxquelles tout pays aspire.

Vous n'avez sûrement jamais entendu le nom d'Haïti prononcé sans être suivi de « pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental », comme si cela faisait partie de son nom. Pourtant Haïti n'est pas le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental. Haiti est riche, mais est en même temps le pays qui a été et continue d'être le plus délibérément appauvri, car la pauvreté et la misère d'Haïti sont devenues des industries pour le monde occidental. Nombreux sont les individus, les entreprises, les pays, les organismes internationaux et même humanitaires qui bénéficient de la pauvreté, de la misère et de la violence infligés au peuple haïtien.

En 1793, les Haïtiens furent les premiers à abolir l'esclavage. N’était-ce pour Haïti, la moitié du monde trainerait peut-être encore des boulets aux pieds . Mais au lieu de jouir de l'admiration et de la gratitude qu'elle méritait pour ce service sans précédent à la cause de la liberté humaine universelle, Haïti fut victime du plus abominable braquage de l'histoire de l'humanité, la plaçant au cœur du mouvement mondial pour les réparations, qui est aujourd’hui le principal mouvement social du 21e siècle.

Et c'est précisément pour avoir brisé l'ordre économique mondial, fondé pendant quatre siècles sur le crime odieux de l'esclavage, qu'Haïti a été ostracisée, isolée, ciblée, calomniée, diabolisée et systématiquement dépouillée de son pouvoir, de sa souveraineté et de sa capacité à survivre économiquement et de manière indépendante. Malgré ces persécutions, Haïti s'est non seulement libérée, mais a également contribué à l'indépendance de nombreux autres pays, notamment de l'Amérique du Sud.

La Révolution haïtienne fut un phénomène bouleversant, qui ébranla les fondements mêmes du monde atlantique. Ce fut la plus grande guerre de libération et constitue l'étude de cas la plus complète de changement révolutionnaire dans l'histoire du monde moderne. Cette révolution fut sociale, économique et politique et demeure le seul exemple où l'émancipation et l'indépendance furent simultanées.

Rendez-vous compte que ce n'est qu'en 1948, après la Seconde Guerre mondiale, un siècle et demi après que les Haïtiens eurent promulgué une constitution fondée sur le concept fondamental d'une humanité commune, affirmant l'égalité de toutes personnes, sans distinction de couleur, de race, de sexe, de profession, de statut ou d'origine, que les Nations Unies adoptèrent une charte des droits de l'homme, et ce, uniquement en réponse à l'holocauste nazi contre les Européens.

Etant la première nation indépendante d'Amérique latine, et seulement la deuxième du Nouveau Monde, Haïti était entourée de colonies esclavagistes férocement hostiles. Jean-Jacques Dessalines, premier dirigeant d'Haïti indépendante, stipula néanmoins avec défi dans sa Constitution de 1805 que tout Africain qui poserait le pied sur le sol haïtien obtiendrait automatiquement la liberté, la citoyenneté, un abri et la protection de l'État haïtien, ce qui était à l'opposé des traités signés par les Marrons des autres iles Caribéennes, qui avaient accepté de restituer aux plantations les esclaves fugitifs afin que les colonisateurs britanniques laissent leurs communautés en paix. Les puissances impériales comprirent rapidement qu’à travers cette brèche, l’ordre économique mondial tout entier, basé sur l’esclavage, allait inévitablement s’effondrer, car Haïti avait créé le premier havre de liberté pour les esclaves en fuite sur le continent.

Toutes les puissances occidentales se rangèrent du côté de la France contre Haïti. Conscientes de l'impossibilité de maîtriser ces indomptables Haïtiens sur le champ de bataille, elles créèrent un cordon sanitaire autour d’Haiti. En d’autres termes, elles mirent Haïti en quarantaine pour empêcher la fuite de ses idéaux de liberté. Aucune nation étrangère ne reconnut la souveraineté d'Haïti ni n'établit de relations diplomatiques avec elle. Des marines belliqueuses menaçaient continuellement les côtes haïtiennes. L'Occident esclavagiste était convaincu que sa paix et sa sécurité dépendaient de l'anéantissement de la République noire.

Isolée avec le dos contre le mur, la jeune nation naissante d’Haïti sera finalement contrainte de payer une rançon colossale a la France pour la reconnaissance de l’independance qu’elle avait gagnée au prix de son sang, rançon qu’elle règlera intégralement, entrainant un sous-développement et une instabilité politique chronique.

Cet engrenage créa une spirale de dépendance néocoloniale dont le pays ne parviendra jamais à s’extraire entravant durablement le processus de développement du jeune État pendant deux siècles. Cette rançon fut un moyen de punir Haïti pour avoir ouvert la voie à la liberté au sein de l’humanité.

Tel Prométhée, le héros tragique, qui vola la lumière aux dieux de la mythologie grecque pour l'offrir à l'humanité, et fut attaché à un rocher pour être torturé et puni pour l'éternité, Haïti vola la liberté aux dieux de l'oppression pour l'offrir à l'humanité, et fut condamnée à être torturée et punie pour l'éternité.

La République d'Haïti représente une figure historique fondamentale parmi les pays victimes de la Traite négrière et de l'esclavage. Il est donc évident qu'il ne sera pas possible de réduire la pauvreté en Haïti si nous ne nous attaquons pas à ses causes historiques profondes. La réduction de la pauvreté doit intégrer l'idée que la pauvreté d’Haïti, plus que partout ailleurs dans le monde, résulte en grande partie des injustices historiques de l'esclavage, de la rançon imposée, et de la domination économique et financière qui en a résulté. C’est pourquoi, la demande de restitution et de réparations d'Haïti doit être considérée comme un appel fondamental aux droits humains et à la justice mondiale en vue de corriger les injustices historiques.

Les partenaires internationaux doivent accompagner Haïti dans sa demande de restitution concernant la rançon de l'indépendance, en plaidant pour la responsabilité et la justice sur la scène internationale. Les Nations Unies, l‘OEA et l'Union africaine doivent adopter des résolutions reconnaissant l'injustice historique et soutenant des actions réparatrices. L’OEA et ses partenaires doivent contribuer à faire entendre la voix d’Haïti et mobiliser un soutien international en faveur de la demande de restitution qui pourrait être concrétisée dans différents domaines de développement.

Les réparations sont dues non seulement à Haïti, mais aux descendants de tous les Africains dont le sang a été versé et la vie gâchée par le projet de la construction du monde occidental.

Merci de votre attention

CP51513T01

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